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 Le piano ?... Mais c'est facile !... On s'assoit devant l'instrument, on agite ses doigts de telle manière
que la ou les touche(s) enfoncée(s) produise(nt) un son ou des sons car il est possible d'en produire plusieurs à la fois...

Voici une manière très certainement scientifique ou même ethnologique pour décrire le fait de jouer du piano, mais qu'en est-il réellement, peut-on apprendre tout seul, Mozart avait-il un professeur ?
Un coach ? Etait ce inné ?
Pour tenter de répondre nous allons essayer de connaître quelques figures marquantes qui ne sont pas forcément connues du grand public mais qui ont participé à la pédagogie de l'instrument et à sa progression depuis des siècles.

Tout d'abord nous irons chercher de précieuses informations chez les clavecinistes et les organistes dont le savoir faire est toujours d'actualité.
- Les clavecinistes possédaient surtout une tradition orale. Un espèce de secret de famille qui se transmettait de professeur à élève au fil du temps et qui constituait une manière de faire, en résumé une "Ecole" informelle. C'est toujours d'actualité en ce qui concerne l'apprentissage du piano.

Louis Nicolas Clérambault
(Louis Nicolas Clérambault 1676-1749).
Voici Quelques uns de ces
illustres clavecinistes
comme ici à gauche
Louis Nicolas
Clérambault.

 

* * *

 Ou à droite
Jean Baptiste Lully,
le musicien de Molière.

 

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Jean-Baptiste Lully
(Jean-Baptiste Lully 1632-1687).
Jean-Philippe Rameau
(Jean-Philippe Rameau 1683-1764).

 

Jean-François Dandrieu
(Jean-François Dandrieu 1682-1738).

Mais le plus connu (ici à droite), dans cette liste que je restreins volontairement pour ne pas sortir du sujet qui est le piano, le plus connu disais-je, reste François Couperin (1668-1733) qui initie une première approche avec un ouvrage qui s'intitule "l'Art de toucher le clavecin".
Ce n'est pas une méthode à proprement parler pour apprendre à jouer, mais plutôt une codification, un essai de standartisation des pratiques du clavecin pour ce qui est des ornements musicaux et qui s'adresse aux clavecinistes sachant déjà jouer. Je m'explique :
A cette époque, l'écriture musicale existait mais n'était pas encore d'une grande précision. La partition, au format manuscrit, n'était considérée que comme support musical, l'écriture peu rigoureuse, absence d'indications, chacun interprétait "à sa sauce" avec des variantes, les textes.
Cela s'appelait les valeurs inégales. Par exemple on transformait deux croches en noire croche en triolet (pour ceux qui connaissent). On interprétait le rythme on interprétait tout. L'improvisation était Reine.
(En passant c'est ce que font les musiciens de jazz quand il improvisent un chorus à partir d'un thème, ou quand ils jouent les croches en ternaire. C'est exactement mes croches de clavecin). Ces pratiques de clavecin perdurèrent chez les pianistes tout de même jusqu'au 20 ème
siècle. On en trouve encore notamment chez Chopin,
chez Schumann (19 ème siècle).
Le problème restait l'orchestre qui lui, devait absolument suivre la partition d'une manière rigide ne pouvant laisser à chacun le soin d'interpréter à sa guise. Dans ce cas seule la discipline féroce comptait pour que les musiciens puissent jouer ensemble sans cacophonie et Versailles retentit encore des colères Dantesques de J-B Lully qui menait son orchestre, on peut dire... à la baguette, menaçant à doite, menaçant à gauche, ses musiciens.
Pendant cette folle période Baroque de la musique, tout ce petit monde mettait au point de nouvelles techniques, de nouveaux savoir-faire, qui étaient surtout destinés à la religion, c'était la musique écrite, dite savante qui ne devait supporter aucune médiocrité puisque Dieu se devait d'être servi en priorité et puis l'autre volet de ces musiques, était lié au bien-être et l'agrément des fêtes du Roi et des nobles en général. Les musiciens n'hésitaient pas à correspondre via les églises avec d'autres musiciens ou bien souvent se trouvait une maîtise avec orgue, choeur, orchestre. L'école Française de cette époque rayonnait dans toute l'Europe.

 * * *

Tout s'arrêta lors de la révolution de 1789 car on tranchait la tête des propriétaires de clavecins, l'instrument étant considéré comme un signe de noblesse. En quelques années tout le savoir-faire se perdit. C'est ainsi que le piano s'imposa devenant, non plus un signe d'aristocratie,

François Couperin
(François Couperin dit le "Grand" 1668-1733)
mais un signe de bourgeoisie qui correspondait mieux à la nouvelle classe montante. Pendant tout le 19 ème siècle le clavecin fut considéré comme maudit. Il faudra attendre le début du 20 ème siècle pour renouer avec cet instrument. Je ne sais même pas s'il y a, à l'heure actuelle, une classe de clavecin par conservatoire. Comme la tradition se perdait et que la partition n'était somme toute qu'un support mémoire de cette tradition orale, le répertoire disparut à son tour. Bref, on ne savait plus comment jouer ce répertoire. La belle Ecole Française disparut au profit de l'Ecole Allemande et tous ces clavecinistes passèrent naturellement au... piano. Déjà un bon point pour cet instrument, on échappait à la guillotine. Par contre la manière de jouer était toute différente notamment, on pouvait nuancer la phrase musicale ce qui était impossible au clavecin qui lui, se traitait plutôt en plans sonores différents, avec des registres et des programmes de sons paramétrables sur plusieurs claviers un peu comme l'orgue.

Cet ancien répertoire privé de sa façon Française et de sa registration, ne convenait donc pas au piano qui, on le verra plus tard, est et reste un instrument profondément romantique. Le petit insouciant tout décoré des scènes bucoliques du jardin de l'Eden qu'était le clavecin laissa sa place au grand ténébreux de concert, le piano. Côté clavecin il ne restait plus que l'Ecole Italienne, mais surtout Allemande.

 * * *

L'école Allemande. Le mot est laché, se résume, pour faire court à un nom. Ce nom prestigieux révolutionne toute la musique, y compris pour l'accord des instruments, pour la fiabilité de l'écriture (fini les valeurs inégales), la partition reflète exactement ce qui est écrit. Les rythmes sont appuyés, la polyphonie atteint son apogée notamment avec la forme fugue qui n'a pas changée depuis. Les tonalités sont enfin codifiées fini les modes anciens... mais je m'éloigne du sujet. Ce nom est :
"JEAN SEBASTIEN BACH".
A l'heure actuelle, même les musiciens de Rock, de Pop, de Folk ou de toutes autres musiques actuelles, ou futures actuelles, sont toujours sur la planète BACH sans le savoir.

  Jean-Sébastien Bach
(Jean Sébastien Bach 1685-1750)

Avec Bach on ne peut pas encore vraiment parler de professeur de piano dans le sens traditionnel du terme. De plus il n'aimait pas le piano, c'était un vrai musicien baroque qui modifia toute la musique pour qu'elle devienne classique. Cependant J-S Bach laissa comme héritage une telle manière de traiter et de maîtriser la musique à travers ses oeuvres que par exemple le recueil du "Clavecin bien tempéré" reste toujours la bible de référence de tous les pianistes du monde. Son oeuvre est un véritable testament et pas seulement pour les pianistes, clavecinistes.
On peut citer tout de même dans un but pédagogique "Le petit livre d'Anna Magdalena" ouvrage dédié à sa deuxième femme qui voulait apprendre la musique. Les fameuses "Inventions" en forme de canon renversable... Comment jouait Bach ? Et bien personne ne le sait. Le jeu des pianistes est calqué sur les indications que laissait le Maître pour l'orchestre. Cela correspondait aux coups d'archets des violes de gambe que Bach préférait aux violons. On sait cependant qu'il jouait à la vitesse d'audibilité soit aux environs de 120 battements par minute (deux battements réguliers par seconde, pour donner une idée, c'est la vitesse de la Marseillaise). Certaines mauvaises langues, à cause de cela, appellent Bach, la "machine à coudre"... Affreux !

* * *

Si Bach n'aimait pas cet instrument, ses enfants, (il en a eu vingt), jouaient du piano. les plus connus comme Jean-Chrétien et Karl-Philippe-Emmanuel Bach composèrent pour l'instrument, ce dernier élabora même une méthode, "l'art de la manière de jouer du clavier" qui préconisait l'usage du pouce, ce qui n'était pas fréquent à cette époque chez les clavecinistes. La méthode de clavier de Karl-Philippe-Emmanuel Bach servira plus tard de base à Beethoven pour ses élèves.
Pendant un certain temps, les clavecinistes étaient aussi pianistes, par exemple Mozart pouvait passer facilement de l'un à l'autre. Chez les Italiens c'est pareil, les sonates de Scarlatti peuvent être jouées au piano, d'ailleurs nombre de concertistes commencent bien souvent leur récital par quelques sonates de Domenico Scarlatti.

Sous la tendance et la mode venue de France, le nouvel instrument s'imposait dans toutes les cours d'Europe. Cependant tout ou presque restait à faire et le piano cherchait ses marques afin de s'émanciper peu à peu du clavecin. L'avantage était le fait d'ajouter des nuances, d'ailleurs, à l'origine l'instrument s'appelait "Piano Forte" (doux fort).Il n'y avait plus de registre donc un seul clavier suffisait, le toucher devenait plus dynamique et surtout plus léger. Avec toutes ces facilités d'éxécution, la virtuosité s'imposa d'emblée. Une nouvelle manière à la fois orale, comme les anciens clavecinistes, et écrites avec rigueur dans un esprit moderne pour cet instrument nouveau, une véritable forme pédagogique devait voir le jour, pour cela il fallait de véritables professeurs de piano qui ne tardèrent pas à apparaître.

* * *

 

 

 

 

Le premier vrai professeur de piano venait au monde deux ans après la mort de J-S Bach. Il s'agissait de :
"MUZIO CLEMENTI".
Bien que de formation clavecin et orgue comme la plupart de ses contemporains, Clémenti fut le premier compositeur à avoir écrit spécifiquement pour le piano des oeuvres de concerts. Quant aux élèves, tous les pianistes connaissent ou ont entendu parler du "Gradus Ad Parnassum" (trois volumes quand même).
Cette approche du piano est encore utilisée de nos jours par certains professeurs. Evidemment cela fait fuir les élèves mais au niveau technique, l'instrument est bien maîtrisé.
Avec Clémenti, les pianistes n'ont plus rien à voir avec leurs aînés clavecinistes qui dépendaient de la noblesse. Clémenti était un homme d'affaire qui possédait sa propre maison d'édition, avait sa propre classe de piano (ses cours étaient très renommés et... très chers). Monsieur Clémenti avait son propre agenda de tournées de concerts, son propre atelier dans lequel ses ouvriers fabriquaient ses pianos (Collard & Clémenti) qu'il vendait à l'issue des concerts, ainsi que ses partitions.


 

 Muzio Clémenti
(1752-1832)

Muzio Clémenti

Deux élèves de Muzio Clémenti marcheront sur les traces de leur célèbre professeur :
Johann Baptist Cramer et John Field.
Cramer mit au point des études pour piano qui sont toujours étudiées par les apprentis pianistes, quant à Field, il composa pour la première fois des "Nocturnes". Ce sont des pièces courtes dont le thème principal plutôt lent, incite à la rêverie dans un climat nostalgique, voilé et délicat, une "Musique pour la nuit". Au niveau de la forme, il n'y a pas de plan classique vraiment imposé à part deux thèmes suivis d'une réexposition. Cette forme assez libre plut à Frédéric Chopin qui, dans le même esprit que Field, composa tout un recueil de pièces pour piano, les fameux "Nocturnes" de Chopin.

 

J-B Cramer
Johann Baptist Cramer (1771-1858)

Etude de Cramer
John Field
John Field (1782-1837)

(Nocturne de John Field)

 

 

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En cliquant sur les liens ci-dessus et en écoutant ces extraits de Cramer et de Field, il est évident que nous sommes, à présent, loin du clavecin classique ses registres et ses plans sonores. Le piano prend une toute autre tournure, je dirais presque, son envol. Il n'est plus seulement un instrument polyphonique qui assure des notes comme les autres instruments à clavier, c'est devenu un "Personnage Animé" terriblement humain, musicalement indépendant avec ses propres nuances, ses propres passions et aspirations soutenus par de grands crescendo ou diminuendo, un souffle de musique et de vie, un électron libre incontrolable qui peut atteindre la douceur la plus extrème ou la rage la plus démente... Bref, un personnage romantique, un écorché vif à la lisière de la folie...
Et la folie est à venir.

Mozart est mort et nous sommes au début du 19ème siècle. La facture de piano fait beaucoup de progrès et le "Piano-Forte" s'appelle, à présent, piano... par abus de langage.
D'autres monstres sacrés du clavier sont apparus, Hummel, Salieri, Haydn, Schubert, Beethoven...
Que savons nous de leur enseignement ? A vrai dire pas grand-chose, car tous avaient des élèves, mais le fait d'en avoir n'était pas leur préoccupation première. Cependant l'un des disciples de Beethoven, Carl Czerny, mettra au centre de sa vie l'enseignement du piano, il deviendra le maître incontesté de toute la culture pianistique et l'un des pères fondateurs du piano actuel. Par ailleurs, pour parfaire son éducation, il travaille également avec Clémenti le "Gradus ad Parnassum" ce qui lui inspire un nouveau concept, quadriller et répertorier tous les gestes du piano y compris les gestes dans l'espace, repérer les difficultés qui en découlent, en faire d'abord des exercices pour en comprendre le mécanisme, puis les tranformer en études audibles pouvant être éxecutées en public. En clair, un enseignement personnalisé suivant les difficultés qu'éprouve l'élève et la morphologie de sa main. Cette fois nous avons réellement affaire à une vraie "Ecole de Piano" avec un programme scolaire, une hiérarchie, des niveaux de difficultés, avec au bout du bout, le travail acharné des oeuvres des "Grands Maitres" comme insigne honneur de récompense, et peut être... si affinité, une carrière de pianiste. C'est à Vienne, capitale de la musique qu'exerce Czerny, et beaucoup de pianistes d'Europe essaient d'entrer "chez lui" au moins pour le prestige, (il donnera, même, des cours de piano à la Reine Victoria) et surtout... il fut le professeur de Liszt.

 

 

Carl Czerny (1791-1857) Carl Czerny

 

 

 

Czerny le professeur de Liszt...

  Etude de Czerny

En 1821 la "folie à venir" frappe à la porte de Czerny sous les traits d'un petit garçon de neuf ans. Cet enfant, présenté par ses parents avait déjà travaillé le piano avec son père, Adam Liszt, bon amateur de musique.
Ce petit bonhomme, poli et respectueux, à la frimousse d'ange s'appelle Franz Liszt, il est Hongrois.

Franz Liszt

 

* * *

Après les années Czerny, on retrouve Franz Liszt dans une autre capitale de la musique : Paris.
Cette fois c'est un grand jeune homme qui habite avec sa famille à deux pas de la fabrique des pianos "Erard". Sébastien Erard prend le jeune virtuose sous sa protection et lui octroie un instrument ainsi que les salons de sa société pour donner ses cours de piano.

 

 

 

 

 

Les études transcendantes de Franz Liszt dédiées à son Maître Carl Czerny, bousculent un peu l'enseignement musical parisien de cette époque...

  Wilde Jagd : Etude de Franz Liszt
par Boris Berezovsky

 

Si Liszt est un grand virtuose, ce n'est qu'une partie de son talent. Avec Erard il met au point le piano moderne à sept octaves un quart, c'est l'étendue actuelle de l'instrument. C'est lui également qui est à l'origine d'un nouveau genre musicale, le "Poème Symphonique", qui illustre un texte, en général le poème d'un grand auteur romantique, cela peut être aussi un sentiment, un drame, une impression, on dit que Liszt est le précurseur de l'impressionnisme et même de la musique de film, bien que le cinéma n'existât pas à l'époque du compositeur.


(Non, Dark Vador ne va pas apparaître, mais... que la force soit avec vous, tout de même).

Totentanz Franz Liszt

Totentanz de Franz Liszt.

A cette époque, Paris attirait comme un aimant, les savoirs-faire, techniques et artistes de toute l'Europe. Bon nombre de pianistes issus de Haydn, Beethoven, Czerny, Clémenti, Salieri, Mozart, séjournaient et se retrouvaient dans la capitale tel Rosenhain, Thalberg, Kalkbrenner, Moscheles, Alkan, Hummel, car jusqu'à lors, pour avoir une renommée en musique, il fallait composer des opéras, l'opéra étant la forme la plus aboutie de cet art, mais le piano avait pris un tel ascendant, qu'il pouvait rivaliser, à lui seul, avec toute forme concurrente du même art. N'oublions pas que c'est Liszt qui imposa le récital, avant lui, cela ne se faisait pas. Donc en élaborant des méthodes de piano, on pouvait réussir aussi bien qu'un compositeur d'opéra renommé. Cependant, certains continuaient dans cette voie traditionnelle, cherchant constamment de nouveaux livrets, de nouveaux financements, de nouveaux théatres pouvant accueillir une troupe et son orchestre tel Wagner, Berlioz, Rossini, Verdi...
Pour les pianistes, c'était la méthode pédagogique qui primait et ceux-ci avaient le vent en poupe avec leurs études, leurs concerts, leurs récitals, Paris devenant la vitrine et le passage obligé de tout Maestro du piano, d'autant que l'instrument était relativement récent et... tendance.

En 1831 un nouveau pianiste professeur de piano arrive à Paris. Il a vingt ans, dans ses bagages un concerto pour piano et un peu de terre de Pologne dans une coupe en argent. Pour un polonais, son nom est facile à retenir : "Frédéric Chopin".

Frédéric Chopin
Frédéric Chopin (1810 - 1849).

Je ne reviendrai pas sur la vie de Chopin, son côté aristocratique, ses amours, sa fin tragique, car beaucoup de gens lettrés ont écrit sur le sujet, mais pour connaître vraiment l'âme de ce pianiste par delà les mots, le mieux est de s'adresser directement à... son piano.
D'abord, pour expliquer d'une manière générale cet instrument, il faut savoir qu'il est soumis à deux forces contradictoires, l'une basée sur une percussion brute, voire sauvage, l'autre, sur la possibilité de nuancer pour atteindre une respiration, un phrasé, presque digne d'un chanteur. Je dis presque digne, car une fois la note frappée par le marteau, on ne peut plus intervenir sur le volume sonore de cette note comme le ferait un chanteur avec sa voix, le son du piano disparaissant progressivement.
En revanche, on peut donner "l'illusion" d'un jeu parfaitement lié et nuancé imitant le phrasé d'une voix. En effet, un chanteur ne "hâche" jamais son chant, ne coupe pas le son à chaque note, sauf onomatopées ou cris, car le propre de la mélodie est de lier les sons entre-eux et ceci dans la même respiration, c'est à dire le même souflle.
On peut obtenir la même chose du piano cela s'appelle le "Legato" ou le jeu lié. De plus, grâce à l'utilisation de pédales et notament en actionnant la pédale forte d'une manière syncopée, on peut amplifier les harmonies et prolonger davantage le son afin de le lier en conséquence sans brouiller celui-ci.
Il est évident qu'avec n'importe quel instrument de percussion, c'est le contraire. Le propre du son percuté est d'être sec, détaché, hâché, c'est le paradoxe et l'exception du piano, la... "Percussion Chantante", le côté Docteur Jekyll et Mister Hyde, le dédoublement de personnalité de l'instrument.

Pour en revenir au piano de Chopin, d'abord il est très différent de celui de Liszt. On ne trouve pas ce côté orchestrale, théâtrale, "Hollywoodien" de Liszt. La virtuosité est toujours en phase avec la musicalité et toujours à son service, jamais de recherche de performance ou d'effet de virtuosité gratuite, mais il ne faut pas se fier aux apparences car la technique est aussi redoutable que celle de Liszt.
L'enseignement est aussi différent, alors que Liszt est issue d'une école de piano plutôt rigide où les doigts doivent être traités tous à égalité, chez Chopin, c'est l'inverse, chaque doigt doit être considéré selon sa spécificité et la capacité qui lui est propre.
Mais au delà de la technique de piano pure, il faut savoir que Chopin adorait les voix de femmes et toute sa manière de traiter l'instrument est en fontion d'un phrasé, d'une respiration, puisés aux sources du chant, un peu à la manière d'un lied de Schumann ou de Schubert.
En fait Chopin n'a jamais fait de "piano au piano", mais plutôt du "chant au piano" c'est sa marque caractéristique, et celle-ci donne son âme à l'instrument.
Voici deux exemples pour illustrer mon propos, des lieder de Schumann et une étude de... Chopin ou le piano se met à raconter une histoire comme le ferait une chanteuse.

 La "Diva" accompagnée par son pianiste.
(Lieder de Robert Schumann par Andriana Chuchman, accompagnée par Scott Gilmore).

  Avec Chopin, le piano se met à chanter et l'instrument à la préhistorique percussion devient la "Diva".
(Etude opus 25 n° 1 en Lab Majeure de Frédéric Chopin, par Arthur Rubinstein).

Ce jeu lié et sensible, le "Legato", deviendra l'appanage de toute la période romantique, et post-romantique, à tel point que même les vieux orgues baroques seront dotés de pédales d'expression, de trémolos, de voix célestes, pour rester dans cette tendance et s'illustrer comme le piano.
Pour l'orchestre, c'est pareil, les musiciens devront s'habituer à jouer en apnée, à tenir leur notes très longuement comme les chanteurs.
Un exemple : Adagietto de la 5ème Symphonie de Gustav Malher (1901), où le thème, magnifique, n'en finit pas de mourir, perdant peu à peu son souffle.

  Le Legato absolu

Mais beaucoup plus tard la révolte grondera. Pourquoi ce "Legato" ? Qui a décidé ? Les "Chopin", les "Shumann", les romantiques ? Pourquoi phraser à la manière des chanteurs ? Avec un violon cela se comprend... Mais un piano, un instrument qui plante des clous... "Le piano est un instrument de percussion et doit le rester". Cette polémique alimentera les salons de musique parisiens vers l'apparition du jazz qui est justement basé sur un jeu naturellement syncopé et percuté qu'on appelle le "Staccato", qui existe aussi en piano classique, mais qui n'est pas forcément primordial à part peut-être pour des compositeurs comme Stravinsky, Prokofief ou Bartok qui l'ont abondamment utilisé.

   Glenn Gould jouant un prélude de Bach, en partie "Staccato".

   Aux antipodes du piano de Chopin avec ce "Boogie" entièrement "Staccato".
(Johan Blohm).

On comprend que cette technique purement percutée, convient très bien à une musique basée essentiellement sur un rytme omniprésent et continu. Evidemment il n'y a pas de nuances, c'est toujours "Forté", pas de phrasé, c'est toujours "Staccato", les petites notes rapides qu'on appelle "Grupetto" et "Tremollo" restent sous la main et ne dépassent pas l'octave sans déploiement sur tout le clavier. La vitesse est maintenue modérée pour pouvoir être dansable. Pour la main gauche, on trouve toujours le même motif, appelé un "Ostinato", basé seulement sur trois accords avec toujours le même rythme. Pianistiquement... c'est un peu sous développé, mais le public en raffole et ça marche à tous les coups.
Maintenant que nous connaissons les différentes facettes du piano, nous pouvons mieux apprécier l'art d'utiliser au maximum toutes ces facettes sans en privilègier aucune, pour ne pas tomber dans le piège du style ou du genre, l'émotion seule, devant être favorisée.

Il n'y a pas qu'en France ou le piano s'épanouit, en Allemagne par exemple, nous trouvons l'enseignement des "Wieck", Friedrich Wieck et sa fille Clara Wieck plus connue sous le nom de Clara Schumann qui enseignera le piano tout d'abord à Leizip avec son père et finira sa vie comme professeur de piano à Francfort, en ayant le temps d'être la mère de huit enfants, d'avoir fait une carrière de concertiste, et d'avoir imposé deux compositeurs, Robert Schumann puis Johannes Brahms. En effet, c'est elle qui jouait les oeuvres de son mari Robert Schumann et à la mort de celui-ci, c'est elle la première qui reconnue le talent de Brahms et participa à l'élaboration de sa notoriété, en interprétant ses oeuvres. De plus c'est l'une des rares femmes compositrices.
(Petite anecdote : elle aimait Chopin mais détestait Liszt).

 

Je dois reconnaître quitter à regret Clara Schumann...
A présent nous sommes fin XIXème siècle et à la place de portraits peints, nous pouvons apprécier les premières photographies, en noir et blanc bien sûr.
Les ouvrages de Moritz Moszkowski sont très connus des pianistes, lui même étant un excellent pianiste et pédagogue, de plus, ne croyant pas beaucoup à la sélection, sa classe de piano était ouverte à tout un chacun sans restrictions, à conditions d'être vraiment motivé. Chez les mélomanes, son nom est tombé peu à peu dans l'oubli... C'est dommage.

  Moritz Moszkowski
(1854-1925)

Moritz-Moszkowski

  Etude N°6 en Fa Majeur de Moritz Moszkowski
(George Li)

 

Nous voici au XXème siècle, celui des monstres sacrés du piano. La notoriété de ces artistes sera amplifiée notamment, par les premiers enregistrement sonores de la musique, ce qui constitue une première mondiale dans l'histoire humaine. Les grandes tournées de plusieurs mois sur tous les continents verront le jour grâce aux paquebots, locomotives et machines à vapeur, ce qui était inenvisageable quelques dizaine d'années en arrière à part pour Liszt qui partait sur les routes équipé de deux dilligences tirées par des chevaux. A cause de cette notoriété, les pianistes, de ce fait, n'ont plus le temps de composer et deviennent de plus en plus les interprètes des compositeurs qui eux aussi se radicalisent, en se spécialisant dans la composition. Les deux mondes sont devenus quelque peu différents mais complémentaires. Par exemple Vlado Perlmuter et Marguerite Long seront les interprètes de Maurice Ravel, Walter Gieseking de Claude Debussy, Magda Tagliaferro pour Villa Lobos etc...
Des pianistes comme Louis Diémer seront l'archétype de ces nouveaux artistes. A la fois moderne car pour l'époque utiliser les toutes nouvelles techniques d'enregistrement, relevait du pari, voire de l'inconscience, en tout cas d'une certaine persévérance. A la fois proche des débuts de l'instrument et des grands classiques. Evidemment, à l'heure actuelle, cet enregistrement complètement parasité paraît désuet et de mauvaise qualité, mais au delà, il atteste une manière d'interpréter de cette époque que l'on ressent comme un témoignage d'outre-tombe.

Enregistrement de Louis Diémer du nocturne en Réb majeur de Chopin

Louis Diémer

La classe de piano de Louis Diémer deviendra la plateforme de nouveaux artistes et celui-ci formera beaucoup de pianistes de renom tel Yves Nat, Alfred Cortot, Marcel Ciampi. En outre il renouera avec la tradition clavecin qui avait été frappée de malédiction, on dirait actuellement "ringardisée", par la révolution Française, en fondant en 1895 la "Société des instruments anciens".

 

 

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